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Modernisation de l’enseignement supérieur haïtien

Les échanges sur les trois nouveaux décrets divisent la communauté universitaire haïtienne. Ces décrets portent sur la mise en place d’un système d’enseignement supérieur efficace et compétitif . Les parents et les étudiants attendaient une réponse pour stopper leurs pertes de temps et d’argent. Parallèlement, les entreprises et les échelons territoriaux rêvaient d’embaucher des jeunes compétents et dynamiques. Le pari de la modernisation des établissements d’enseignement supérieur et de la recherche est bien lancé.

1- La modernisation : une urgente nécessité !

Il n’est plus à démontrer qu’un système d’enseignement supérieur performant et de qualité est incontournable pour le développement d’un pays. En améliorant le capital humain de la nation, il dynamise du même coup le développement des territoires. C’est une saine révolution à laquelle nous invite les autorités haïtiennes à travers ses récents textes.

A la lecture des textes, il apparaît qu’elles ont parfaitement repéré les deux dimensions indispensables à l’évolution de ce secteur. Il s’agit d’une dimension internationale d’une part, et nationale d’autre part.

2- Le standard international

Pour ce qui est de la dimension internationale, trois points sont à souligner :

-Les universités évoluent dans un monde de plus en plus concurrentiel. Elles n’ont aucun monopole ni en matière de recherche ni en matière de formations supérieures. Face à la liberté de choix des étudiants, elles ne bénéficient d’aucune exclusivité, ni régionale, ni nationale, ni internationale. Le service public de l’enseignement supérieur impose la prise en compte de ces réalités.

-L’enseignement supérieur haïtien fait face au quotidien sur son territoire au défi douloureux du chômage. Mais aussi au défi du manque de moyens des familles à faire face aux dépenses liées aux études. Ajoutons à cette réalité un management pédagogique et administratif illisible des établissements d’enseignement supérieurs haïtiens. Plus encore, une concurrence et une attractivité de plus en plus nette des universités étrangères. Ainsi, il devient facile de comprendre pourquoi les familles les plus aisées préfèrent inscrire leurs enfants à l’étranger.

-Les faibles moyens permettent pas de faire émerger, à court terme, un système d’enseignement supérieur de qualité. Pourtant, il est nécessaire pour nos universités locales de rivaliser avec les universités étrangères qui sont particulièrement compétitives et attractives.

Ces grands défis imposent de mobiliser toutes les forces du pays, car l’enseignement supérieur est une responsabilité. Il faut relever les défis actuels et futurs auxquels le pays doit faire face.

3- L’enseignement supérieur haitien : un renouveau !

Pour ce qui est de la dimension nationale, il convient de distinguer deux sérieux problèmes. Ces derniers sont sources de désordre à la fois pour les autorités haïtiennes et les étudiants. Ces deux problèmes concernent d’une part, les établissements et d’autre part, le niveau de qualification de leurs enseignants.

Il est devenu urgent de régler cette situation qui n’a que trop duré. Ces problèmes ont bien été repérés par les autorités compétentes de l’enseignement supérieur. De ce fait, lls proposent des solutions transitoires permettant aux intéressés de se mettre en conformité.

a) La création de l’Agence

La modernisation de l’enseignement supérieur dépend de l’ANESRS (Agence Nationale de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique). Cet organisme public doit s’occuper de la régulation et du contrôle de qualité. Il devra trouver des solutions aux deux principaux problèmes de ce secteur. Le problème de management des universités publiques et privées, puis celui de la crédibilité et la légitimité de leurs enseignants.

1-Les établissements publics et privés d’enseignement supérieur fonctionnent aujourd’hui indépendamment les uns à côté des autres. Ceci en absence d’un cadre légal leur imposant un minimum de normes au niveau académique, pédagogique, scientifique et administratif. Chacun fait un peu comme bon lui semble. Il est incontestable que les établissements manquent de lisibilité sur de nombreux aspects. Par exemple, il est souvent difficile, voire impossible, pour un étudiant qui s’inscrit en licence de connaître l’ensemble des cours qui lui seront dispensés. En outre, il lui sera encore plus difficile de connaître à l’avance le nombre d’heures de Cours, les modalités du contrôle des connaissances, etc. 

Cette absence de lisibilité nuit de façon significative à la qualité de l’enseignement supérieur et à la réussite des étudiants. Pourtant, il est facile de vérifier sur internet, que l’ensemble des universités du monde rendent ces informations disponibles pour leur public. Dans ce cas, l’étudiant qui s’inscrit en première année dispose de toutes ces informations, ce qui favorise sa réussite.

b) La mise en conformité

La liste des dysfonctionnements des établissements publics et privés de l’enseignement supérieur est longue. Et il ne s’agit pas ici de les accabler. Mais de les inciter à se préparer à la concurrence des universités étrangères qui s’accaparent les meilleurs de nos jeunes.

Pour aider à relever les défis de modernisation, des dispositions transitoires s’imposent. Les établissements publics ou privés reconnus par l’Etat ont un délai de 90 à 180 jours pour déposer leurs statuts. Ils doivent déposer également le curriculum des formations dispensées, la liste des diplômes, leur autorisation de fonctionnement, etc.
Pour les autres établissements publics et privés, ils ont trois (3) ans pour se mettre en conformité.

2-Les enseignants posent un problème de niveau de qualification et parfois de probité. Au sujet du niveau de qualification, commençons par fixer la norme internationale. Pour enseigner dans une université, il faut être titulaire d’un diplôme de doctorat. Il est rare de voir des docteurs dispenser des cours aux étudiants dans les établissements d’enseignement supérieur haïtiens. Il est malheureusement fréquent de constater que les cours sont dispensés par des enseignants titulaires uniquement d’un diplôme de master ou de maîtrise. Pire, souvent des enseignants titulaires d’une simple licence dispensent des cours au niveau licence, voire au niveau master. De plus, il n’est pas rare de voir des enseignants titulaires d’un master dispenser des cours au niveau master. Face à ce désordre et à ce niveau de confusion, l’Etat à l’obligation d’intervenir afin de faire respecter les normes admises au niveau international.
c) Le grand défit

Au sujet de la probité, nous assistons souvent à des usurpations de titre et de diplôme. De nombreux enseignants, se réclament du titre de docteur sans en être détenteur. Cette situation n’est plus tenable dans des établissements censés former les élites du pays. Il y va de la qualité du socle sur lequel le pays devra prendre son élan.

Là encore, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain. Ceux qui sont titulaires d’un Master et cinq (5) ans d’expérience pourront conserver leur statut et traitement. Ils ont la possibilité de participer à des programmes de formation et de recherche pour avoir leur diplôme de doctorat. Ceux qui sont titulaires du diplôme de Maîtrise pourront aussi participer à des programmes de formation et de recherche. Ils peuvent bénéficier du dispositif de Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) professionnelle pour la matière enseignée.

Nous reconnaissons que l’Etat ne peut pas tout. Cependant, nous devons aussi admettre qu’il a le devoir et l’impérieuse obligation de créer le cadre légal. Il doit imposer les normes à respecter. Ce qui permet à l’ensemble des acteurs de l’enseignement supérieur de faire face à cette féroce concurrence internationale.

L’adage nous enseigne qu’il est souvent difficile de « faire du neuf avec du vieux ». Alors, appelons de nos vœux l’émergence d’un nouvel établissement d’enseignement supérieur nous transportant directement dans cet autre monde. Ce nouveau monde auquel nous invitent les nouveaux textes des autorités haïtiennes.

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